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C'est un pavillon qui ressemble à tous ceux du lotissement. Ou presque. Chez eux, il y a quatre chambres. La sienne, celle de son petit frère Gilles, celle des parents, et celle des cadavres. Le père est un chasseur de gros gibier. La mère est transparente, amibe craintive, soumise aux humeurs de son mari. Le samedi se passe à jouer dans les carcasses de voitures de la décharge. Jusqu'au jour où un violent accident vient faire bégayer le présent.
Dès lors, Gilles ne rit plus. Elle, avec ses dix ans, voudrait tout annuler, revenir en arrière. Effacer cette vie qui lui apparaît comme le brouillon de l'autre. La vraie. Alors, en guerrière des temps modernes, elle retrousse ses manches et plonge tête la première dans le cru de l'existence. Elle fait diversion, passe entre les coups et conserve l'espoir fou que tout s'arrange un jour.

 

Frise

 

La plume d'Adeline Dieudonné est précise et colle parfaitement à l'ambiance de son roman. La narration par la petite fille de dix ans donne un aspect hâché, un fouilli maîtrisé pour montrer le sentiment d'incompréhension d'une enfant engluée dans une famille dysfonctionnelle et un quotidien sombre.

Cette écriture plonge le lecteur dès le départ dans une atmosphère glauque.

 

Cette jeune fille qui raconte tant bien que mal son histoire est vraiment touchante par différents aspects de sa personnalité : à la fois bouleversée par l'évolution de son petit-frère et déterminée à aller au bout de ses rêves et de ses convictions. Sa précocité que l'on découvre petit à petit est également un point important tout au long du récit et amène encore un peu plus de profondeur à cette héroïne.

Les autres membres de la famille sont également assez bien développés même si c'est le père qui prend très souvent le dessus. Cependant, des changements de personnalité se dévoilent au fur et à mesure et certaines réactions sont très intéressantes. 

Je regrette juste le manichéisme poussé à l'extrême par l'auteure qui tend à faire penser que, quoi qu'il arrive, les figures masculines sont forcément violentes... Lorsqu'un personnage plutôt normal par rapport aux membres de la famille apparaît, la désillusion arrive finalement également très vite. La vraie vie a, selon moi, beaucoup plus de nuances.

 

J'ai beaucoup de mal à poser des mots sur cette lecture tellement j'ai été scotchée... J'appréhendais ce moment à cause des très nombreux avis positifs voire dithyrambiques qui fleurissaient jour après jour. Inévitablement, j'avais des attentes très hautes et peur que ce ne soit pas forcément à la hauteur. Mais Adeline Dieudonné nous livre un roman si puissant que l'on ne peut que rester bouche bée face à cette histoire horrible mais terriblement crédible et ancrée dans le quotidien du lecteur. En effet, même si l'ensemble paraît tiré d'un affreux faits divers, certains petits détails de la vie de tous les jours (un mot plus haut que l'autre, un regard moins bienveillant que d'habitude, etc.) nous paraissent forcément familiers à un moment ou à un autre : et c'est là que l'auteure nous frappe en plein coeur puisque ce que l'on trouve presque anecdotique est ici transformé en quelque chose de beaucoup plus tragique et traumatisant pour les enfants qui le subisse jour après jour.

Je préfère préciser que ce roman n'est pas destiné à tout le monde : certains n'arriveront pas à encaisser toute cette noirceur et ce désespoir qui se dégagent des pages que l'on tourne presque sans s'en rendre compte. C'est d'autant plus frappant lorsque l'on se rappelle que la narratrice n'a qu'une dizaine d'années et qu'elle a déjà enduré tellement de situations embarassantes, violentes et perturbantes.

Pas de gros suspense donc, le désastre est inévitable au vu des scènes de violence ordinaire qui s'accumulent. Et la dernière partie de ce roman est vraiment l'apothéose : traque au milieu des bois, désir animal et implosion du noyau familial, l'auteure nous achève dans les dernières pages avec cette naïveté de l'enfance que l'on recherchait tant depuis le début et qui arrive enfin pour nous cueillir à point !

(Des scènes de torture d'animaux sont présentes, je préfère prévenir pour celles et ceux qui voudraient se lancer.)

 

En bref, un coup de poing ! Tellement de sentiments contradictoires dans si peu de pages font de cette lecture un moment épuisant et marquant. Bravo à Adeline Dieudonné qui signe un premier roman parfaitement maîtrisé dans sa violence, sa crudité et sa profondeur malgré une vision du masculin un peu trop définitive pour en faire un véritable coup de coeur.

 

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J'ai lu ce roman grâce à Price Minister et son opération des Matchs de la Rentrée Littéraire.

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